La procrastination

Cette interview a été publiée dans un magazine américain il y a quelques années. Ayant égaré l’original, je ne peux mentionner la source. Il faudrait que je fouille dans mes vieux papiers un de ces jours. Tiens, je vais noter ça sur ma liste de choses à faire… Mais où est donc passé cette liste ? Je chercherai demain, pour l’instant je suis occupé…

Qu’est-ce qui fait remettre au lendemain ce qu’on peut faire le jour même ?
Pourquoi et comment quelqu’un peut-il continuer à remettre au lendemain ? Est-ce simplement une mauvaise habitude facile à perdre ? Que peut-on faire contre cela ?

« Quand je suis confronté à un procrastinateur chronique, je cherche à savoir tout d’abord sur quoi en particulier la personne doit travailler. J’aide cette personne à choisir parmi toutes les taches qu’elle a à accomplir, une à partir de laquelle nous chercherons à analyser et comprendre son problème. C’est le commencement. Ensuite, je cherche à savoir comment et pourquoi la procrastination est devenue un problème.

Peu de gens peuvent résoudre le problème sans avoir auparavant compris le rôle qu’il jouait dans leur vie. Les procrastinateurs ont tendance à voir la fin sans les moyens, ils pensent seulement au but à atteindre et non aux différentes étapes qui jalonnent le parcours. De ce fait, il leur est difficile de commencer une tache et de la poursuivre pas à pas jusqu’au bout.

Le perfectionnisme est très courant chez les procrastinateurs. Chaque réalisation devient un test pour la personne. Supposons que je sois un perfectionniste et que je veuille que chaque partie de mon travail soit parfaitement accomplie. Alors, à chaque fois que je vais m’asseoir à mon bureau, j’aurai ce désir omniprésent d’être parfait. Vivre selon cette règle est épuisant, il est beaucoup plus facile de remettre la chose au plus tard possible. Et si j’attends la dernière minute, je peux toujours me dire  » J’ai fait de mon mieux compte tenu du temps qui était à ma disposition « .

La procrastination agit comme un tampon contre votre propre image de la perfection : vous avez tout votre temps, vous souhaitez que tout soit mené à bien brillamment. Mais si vous attendez la dernière minute, vous ne vous mettrez au travail que pour vous en débarrasser ! La procrastination est sans doute votre seule possibilité de détourner votre désir d’être si brillant.

Ce peut être un bon moyen de protection. Si vous n’exprimez jamais le meilleur de vous-mêmes, vous ne l’évaluerez jamais, et vous pourrez continuer à croire que vous êtes si formidable ! Les psychologues appellent ça « Â illusion of brillance  » et c’est l’illusion du fait que si vous aviez plus de temps, vous auriez bien sûr trouvé la bonne solution. Mais comme vous avez attendu si longtemps, vous êtes très satisfait de votre travail compte tenu du temps que vous y avez passé.

Ce type de procrastination se range dans la catégorie de gens qui ont peur de l’échec. C’est leur crainte de faire pour le mieux, de se voir évalués négativement, de fixer une limite à leurs aptitudes. Une autre catégorie est celle des gens qui ont peur du succès, car ils craignent de se voir demander encore plus de travail s’ils montrent leurs réelles capacités.

Il y a une catégorie de procrastinateurs qui remettent au lendemain pas tant par une peur de l’échec ou du succès (quoique ces deux éléments puissent être présents) que par esprit de rébellion. Ils se disent « Â Vous ne me ferez pas suivre votre route, je vais faire ça à ma façon « . Ce sont des gens qui, pour une quelconque raison, assimilent coopération et soumission. Ils ont le sentiment que si vous leur dites : « Â Faites-moi ça pour jeudi  » et qu’ils le font pour jeudi, ils auront perdu quelque chose d’eux-mêmes, comme s’ils avaient capitulé. Ils se sentent contrôlés.

La plupart des procrastinateurs disent que le fait de sans arrêt différer leur travail apporte un certain « Â piquant  » à leur vie. En vivant de crise en crise, ils sont toujours sous tension, en activité. Ils ont peur que leur vie devienne vraiment ennuyeuse et médiocre s’ils n’ont pas cette source constante de stimulation que la procrastination leur fournit. »

Alors, que faire ?

« Définissez quels sont les buts que vous voulez atteindre. Pensez-y en termes très concrets. Et après avoir bien identifié un but, séparez-le en très petites étapes. Commencez alors à penser au temps qui sera nécessaire pour parvenir à l’objet fixé. Beaucoup de procrastinateurs ont une très mauvaise notion du temps. Ils pensent que les choses vont prendre beaucoup moins de temps qu’elles n’en nécessitent en réalité. Un procrastinateur sera tourmenté par les conclusions qu’il tirera de cette expérience. Il se dira : « Â Bon, cette fois je m’y mets pour de bon !  » et il ne tiendra pas compte du fait que ça n’a déjà pas marché les 10 autres fois où il a essayé.

Même cerner un objectif est parfois difficile pour un procrastinateur. Il se dit : « Â Je ne peux pas me contenter de faire une chose, il faut absolument que je fasse tout, complètement « . Un procrastinateur est quelqu’un pour qui le verre est toujours à moitié vide, jamais à moitié plein. S’il réalise quelque chose, il prend rarement du plaisir à dire : « Â Bon, j’en ai déjà fait la moitié, c’est pas mal… « . Il préférera dire : « Â Oh, non ! il me reste encore la moitié à faire ! « .

La première étape pour changer de comportement est d’être bien conscient d’avoir ce problème ».

5 réflexions au sujet de « La procrastination »

  1. En farfouillant un peu sur Internet, j’ai trouvé ça :

    – Ces gens qui remettent tout à demain de Rita Emmett (les éditions de l’Homme) (ISBN 2761915895)

    РComment ne plus ̻tre en retard de Jane B. Burka/Leonora M. Yuen (Editions Pocket) (ISBN 2266107216)

    – Comment ne pas tout remettre au lendemain de Dr Bruno Koeltz (Editions Odile Jacob) (ISBN 2738117104)

    – Procrastination de Terry Pratchett (éditions l’Atalante) (ISBN 2841723135)

  2. La procrastination semble un problème pour les autres. (De même que l’amnésie)
    Il me paraît plus judicieux de s’interroger sur ce qu’apporte aux personnes le fait de toujours remettre au lendemain. Quête de liberté ou de vérité peut-être.
    Le contraire du procrastineur – l’hyperactif qui agit sans cesse, qui ne peut s’empêcher de réaliser quelque chose – est-il plus enviable ?

  3. Jean Louis,
    Il ne faut pas confondre la proscrination et le manque d’activité. Un article très intéressant est dispo sur wikipédia, qui dit notamment ceci:
    « les personnes adultes sujettes à un déficit de l’attention (trouble de déficit de l’attention et/ou hyperactivité) présentent également très souvent une attitude de procrastination systématique »
    Ã trouver sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Procrastination
    🙂
    ¤

  4. J’ai bienreconnu certains de mes réflexes dans cet article, seulement, le fait de reporter est, dans mon cas, inconsient et ne me procure que des insatisfactions, du mépris de moi et la culpabilité de ne pas accomplire les choses ordinaires de la vie courante normalement.
    Par exemple, faire la vaisselle de 4 couverts peut me prendre plus de 2 heures, il y a toujours quelque choses d’autre à faire de « plus urgent » selon mon idée du moment. comme relever mes mails, écouter mon répondeur, faire mon lit ou toute autre chose qui peut parasiter ce que je fais.
    Non, décidement, la procrastination systématique ne m’apporte rien de bien ou même d’approchant.

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